Sylvie Drapeau, comédienne

En sortant de scène hier, je me serais bien envolée tellement le public avait du talent… Nous avons vécu ensemble le fameux « état de grâce » tant célébré, tant recherché… Est-ce parce que je venais vous rencontrer ce matin… Vous savez bien, la quête de cet état sublime qui faisait de vous un spectateur fervent. On le recherche toute sa vie, l’état de grâce… de votre côté comme du mien,  et l’art est un appel…Une prière.

Comme vous l’avez aimé ce théâtre et comme vous l’avez soutenu… Comme vous avez été fidèle à venir me féliciter, me remercier depuis le tout début et jusqu’à tout récemment… Dans la loge du Rideau-Vert cet automne vous m’avez dit : « Je ne sais si je pourrai vous revoir… ». Vous aviez les yeux baignés de larmes et vous êtes parti très discrètement…

J’ai quelques petits cadeaux pour votre âme d’artiste :

D’abord, LE VOILIER, de William Blake

« Je suis debout au bord de la plage

Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.

Il est la beauté, il est la vie.

Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.

Quelqu’un à mon côté dit : « Il est parti ! »

Parti? Vers où?

Parti de mon regard, c’est tout !

Son mât est toujours aussi haut,

sa coque à toujours la force de porter sa charge humaine.

Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.

Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit : « Il est parti ! »

Il y en a d’autres qui, le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux,

s’exclament avec joie : « Le voilà ! »

C’est ça la mort. »

André

Vous connaissiez les fables de La fontaine par cœur…Et comme le grand-père Thomas Vien l’avait fait avec ses petits enfants Claude et Raymond,  vous demandiez à vos petits enfants de les mémoriser…

Voici pour vous

LA MORT ET LE MOURANT

« La mort ne surprend point le sage;

Il est toujours prêt à partir,

S’étant su lui-même avertir

Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage….

Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie,

Se plaignait à la mort que précipitamment

Elle le contraignait de partir tout à l’heure,

sans qu’il eut fait son testament,

Sans l’avertir au moins. Est-il juste qu’on meure

Au pied levé ? dit-il : attendez quelque peu.

Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;

Il me reste à pourvoir un arrière-neveu;

Souffrez qu’à mon logis j’ajoute encore une aile.

Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !

-Vieillard, lui dit la mort, je ne t’ai point surpris ;

Eh n’as-tu pas cent ans ? trouve-moi dans Paris

Deux mortels aussi vieux, trouve-m’en dix en France.

La mort avait raison. Je voudrais qu’à cet âge

On sortît de la vie ainsi que d’un banquet,

Remerciant son hôte, et qu’on fit son paquet ;

Car de combien peut-on retarder le voyage? »

Et toujours du grand Jean de la Fontaine…

Ces quelques vers que vous connaissiez si bien et qui vous réjouissaient tant :

« Un octogénaire plantait.

Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge !

Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage ;

Assurément il radotait.

(Et le vieux répondait : )

Mes arrières- neveux me devront cet ombrage »

Pour terminer, André, vos proches me disent que j’étais votre préférée sur la scène… Alors laissez-moi vous offrir un extrait de ce que vous avez préféré, je crois, sur la scène avec moi : Elvire Jouvet, Paris, 1940.

C’était sur la quête d’absolu, sur le dépassement de soi…

Vous vous souvenez, comment Molière fait parler Elvire :

« Je vous ai aimé avec une tendresse extrême, rien au monde ne m’a été si cher que vous. J’ai oublié mon devoir pour vous, j’ai fait toute chose pour vous. Et toute la récompense que je vous en demande, c’est de corriger votre vie et de prévenir votre perte. Sauvez-vous, je vous prie, ou pour l’amour de vous, ou pour l’amour de moi. Encore une fois, Dom Juan, je vous le demande avec larmes. Et si ce n’est assez des larmes d’une personne que vous avez aimée, je vous en conjure par tout ce qui est le plus capable de vous toucher. »

Dieu vous bénisse André Bachand.

Sylvie Drapeau

13 février 2010

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