André C. Gauthier

Un témoin de son siècle
André est né à Sherbrooke, le cadet d’une famille de quatre enfants. Il gardait de cette période des souvenirs précis, dont surtout son éveil pour la musique, l’opéra en particulier. Pendant ses dernières années au séminaire Saint-Charles-Borromée, il sera admis au sein du Schubert Music Club, gage pour lui d’une grande reconnaissance de ses intérêts musicaux.  Le hockey et la boxe étaient aussi d’intérêt pour lui.

Étudiant à l’Université de Montréal puis aux HEC entre 1937 et 1942, il côtoie plusieurs confrères avec lesquels il se liera d’amitié, dont un certain Daniel Johnson. Témoin intéressé d’un pays qui entre en guerre, il assiste à de grands débats entourant la Conscription, source de l’éveil du nationalisme chez les francophones du Québec. Homme d’organisation, il s’engage dans de multiples activités tenues sous l’égide de l’Association générale des étudiants de l’Université de Montréal (AGEUM).

Devenu avocat et détenteur d’une Licence en Commerce, c’est à Harvard puis à Columbia qu’il obtient son M.S. (Business) en 1944. Il vit au cœur d’un pays entré en guerre depuis décembre 1941. Mélomane en devenir, il fait la connaissance des Wilfrid Pelletier, Pierrette Alarie, Raoul Jobin et Jacques Gérard qui s’illustrent au Met. De retour au pays, il est embauché par une PME du domaine de la chaussure dont il assume la direction avant de s’en porter acquéreur.

En 1944, il épouse Madeleine Vien et fonde une famille de deux enfants, Claude et Raymond.  La famille Vien, dont le père deviendra président du Sénat, compte de nombreux enfants (dont Paul, un ancien cadre de la SRC) qui auront pour conjoints des personnalités comme la comédienne Thérèse Cadorette et Guy Maufette.

C’est en 1952 que le parcours professionnel d’André Bachand se précise. Marcel Faribault, secrétaire-général de l’Université de Montréal, l’embauche et en fait son adjoint. Dix ans plus tard, André est nommé adjoint du recteur Mgr Olivier Moreault, l’avant-dernier ecclésiastique à diriger l’Université. Les relations extérieures lui sont confiées et il sera omniprésent dans tous les milieux pour en promouvoir le rayonnement. Il préside les déjeuners-causeries de la Chambre de commerce de Montréal et devient par la suite président du Montreal Board of Trade. Il signe des articles dans La Presse sur le refus de Maurice Duplessis de permettre le transfert au Québec des fonds fédéraux aux universités, alors sous-financées. Le traitant avec une ironie truculente de petit vicaire, le « Cheuf » lui reprochera d’avoir écrit à ce sujet.

Il passera au total trente-trois belles années à l’Université de Montréal, marquées de réalisations majeures. Il seconde son ami le journaliste Jean-Marc Léger dans la fondation de l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF) et il crée de toutes pièces, en 1966, le Fonds de développement de l’Université. C’est en partie grâce à lui que l’Université de Montréal commence à rayonner en pays francophones puis ailleurs dans le monde.

À la tête du Fonds de développement, André Bachand devient l’un des premiers professionnels francophones à promouvoir une philanthropie alors absente en milieu canadien-français. Il établit de solides relations avec les principaux dirigeants du monde des affaires et sollicite les mécènes et grandes entreprises tant anglophones que francophones.

La première Grande campagne de collecte de  fonds, présidée par Paul Desmarais au début des années ‘80 lui permet d’établir des rapports étroits avec le financier et il travaille plus tard d’aussi près avec d’autres présidents, toujours très engagés envers l’œuvre. Grâce à lui, le Fonds connaîtra un succès remarquable jusqu’à aujourd’hui et deviendra sa plus grande fierté au plan professionnel. À sa retraite en 1982, il demeure au service de l’Université à titre de consultant jusqu’en 1985.

Mais André Bachand ne se limite pas à ses activités professionnelles. Il les conjugue avec plusieurs autres des domaines artistique, culturel et civique. On peut mentionner son rôle de panéliste invité à Chacun son métier pendant trois ou quatre ans et de coanimateur de Double Talk avec le journaliste Bill Bantey à la CBC. Aussi actif à Ville Mont-Royal, il joue un rôle important dans la fondation de la bibliothèque municipale en 1952.

Sitôt disponible en 1985, il devient l’adjoint spécial de Pierre Péladeau jusqu’en 1990. Son rôle auprès de l’homme d’affaires est important compte tenu de leur complémentarité et du respect mutuel qu’ils se vouent.  Ses contacts, son sens de la diplomatie et l’appartenance à une organisation puissante et en plein essor font de lui un chargé de missions efficace. Plusieurs contemporains de cette période pourraient parler de ces deux complices auxquels le monde musical, le milieu artistique et plusieurs organismes sociocommunautaires sont redevables encore aujourd’hui.

Devenu en 1977 le conjoint de Claudette Hould, éminente historienne de l’art, professeure et intellectuelle, il la rejoint à Paris en 1992, sitôt nommée directrice de la Maison des étudiants canadiens. Ce séjour au cœur de la Cité Universitaire Internationale de Paris leur permet de côtoyer plusieurs cohortes d’étudiants talentueux issus de toutes les régions du pays.

Pour ces deux passionnés des arts sous toutes les formes et partageant des intérêts communs, la vie à Paris est une occasion de rêve. Ils assistent aux spectacles des arts de la scène, vont aux concerts et visitent sans relâche les expositions à Paris et en Province. André suivra même des cours d’histoire de l’art à l’École du Louvre. Ils rencontrent un grand nombre de personnalités françaises et tissent avec elles des liens professionnels et d’amitié. Ils accueillent aussi sous leur toit plusieurs compatriotes de passage. Un des plus grands bonheurs d’André et de Claudette fut de voir grandir sept petits-enfants, tous des « petites merveilles », à juste titre. En tout temps, il leur a apporté attention, affection et conseils.

La passion d’André Bachand pour les arts en général fait de lui un témoin actif et privilégié de l’évolution de la culture chez nous depuis plus de soixante ans. Sa contribution à la vie culturelle et artistique du Grand Montréal est significative. Qu’on en juge! Il prend une part active pour venir en aide à plusieurs dizaines d’organisations artistiques tant à titre personnel qu’en sa qualité de vice-président du Conseil des musées nationaux du Canada et de coprésident du Conseil du Maurier des arts d’interprétation.

Il seconde Gratien Gélinas lors de la fondation de la Comédie canadienne (salle actuelle du TNM). Sa contribution au Théâtre du Rideau-Vert et son appui aux cofondatrices ont été constants et très importants. La gravure québécoise lui est aussi grandement redevable grâce à sa fondation des Amis de la gravure. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal s’est enrichi de dons généreux du couple Hould–Bachand. Jusqu’en 2009, il a joué un rôle actif et apprécié au sein du Festival international du Film sur l’Art de Montréal (FIFA) et consacrait encore en 2009 deux à trois soirées par semaine à des activités culturelles et artistiques.

Avec Claudette, il adorait aussi passer ses week-ends au lac-des-Six, en Mauricie, qu’elle lui avait fait découvrir avec bonheur au début des années ‘80. Il expliquait souvent comment, dès la première visite, « il entendait le silence ». Comme à Outremont, la chaleur de leur hospitalité, le raffinement des mets mijotés par l’hôtesse et la bonne humeur des échanges rappelleront d’agréables souvenirs à leurs nombreux invités d’ici et d’ailleurs.

Alors qu’il devait assister à La liste, mettant en vedette son idole, la comédienne Sylvie Drapeau, au Théâtre d’Aujourd’hui le 28 janvier, c’est finalement Le Bourgeois gentilhomme au TNM qui aura été son dernier spectacle en salle la semaine précédente.

André C. Gauthier

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