Raymond Bachand

Le samedi 13 février 2010

A l’occasion des funérailles d’André Bachand

Par son fils Raymond

Vous êtes nombreux à être venus aujourd’hui rendre hommage à papa, André Bachand.

Merci à vous; il en est très heureux.

Merci à tous les artistes,

Merci Velitchka Yotcheva,

Merci Alain Lefèvre,

Merci Sylvie Drapeau,….sa «favorite »

La culture faisait Partie intégrante de sa vie,

Les arts faisaient partie de lui.

Papa était un homme du siècle….toujours tourné vers l’avenir.

Je me souviens

De cette fin d’après-midi de septembre 1959 où rentrant de l’école, papa me dit : «le printemps va enfin se lever sur le Québec»….Duplessis venait de mourir.

Je me souviens

De ces nombreuses soirées de discussions et d’élections, avec ses amis Jean-Marc Léger, Jean-Louis Gagnon, Jeanne et Maurice Sauvé, Armand et Marie Lambert.

Je me souviens,

De cette soirée de juin 1966, où tous ses amis libéraux étaient sous le choc, déçus de la défaite de Jean Lesage…

Mais où papa, calme, sourire en coin, yeux rieurs, heureux pour son ami Daniel Johnson, nous avait dit :

«Attendez avant de juger; donnez lui la chance. Il sera un bon premier ministre et grand défenseur du Québec».

L’Université de Montréal : la passion de toute sa vie. Il avait enseigné en droit et aux HEC.

Répondant à l’appel de Marcel Faribault, il se joint à cette tâche de faire grandir l’université dans un virage de laïcisation.

Premier directeur des relations publiques, il a la vision de faire de notre plus grande université francophone une université de classe mondiale. Il crée le Fonds de développement, et tous les dimanches, signe des centaines de lettres pour habituer les diplômés à être présents, « même pour 10$».  Un jour, un certain Bernard Lamarre envoie 500$. Ce sera le début d’un appui indéfectible et de la première grande campagne. Puis, ce sera Paul Desmarais.

Papa défendra chaque partie de « son » université, de la faculté de musique à l’école vétérinaire de Saint-Hyacinthe.

Dans cette vision, avec son ami Jean-Marc Léger, ils réussiront à créer l’AUPLEF, première association des universités de langue française dans le monde, et pionnière de la francophonie moderne.

Québécois mais ouvert sur le monde, d’abord ici à Montréal : «Comment peut-on devenir international si on ne sait même pas accueillir les étrangers qui viennent chez nous?» nous disait-il souvent : il nous transmettait ses valeurs, celles de l’hospitalité, de l’accueil, de l’entraide.

Contestataire aussi.

Je me souviens de lui fâché mais rigolant de ce que le Club St-Denis ait voulu interdire son accès à Mohammed El Fassi, recteur des universités du Maroc, parce qu’il portait une djellaba…(et était donc sans cravate!).

Je me souviens de lui, proposeur de résolution pour admettre les femmes à ce même Club, furieux que sa proposition ait été défaite en assemblée générale, …jusqu’au jour de la revanche parce que Jeanne Sauvé, devenue gouverneure générale du Canada, devenait automatiquement membre d’office du Club !

Grand montréalais, actif bien sûr dans toute la communauté, président un an du Canadian Club, grand ami de Carl Goldenberg, Claire et Ike Miron, Brahm et Blooma Appel, Ann Davidson…fier de son université qui, elle, admettait les juifs comme étudiants en droit.

Honnête homme, homme du siècle, enfant de plusieurs époques, il a fait le tour de l’Europe en vélo avant la guerre.

Ses confrères de classe étaient Jean Drapeau, Daniel Johnson, Allan Gold.

Mais aussi Sherbrookois, fier de sa ville, de sa famille…complètement déboussolé par la noyade de son cousin et grand ami Roland Codere.

Papa aimait tout le Québec, sa nature, la pêche (il nous a tous appris à pêcher, ses enfants et petits-enfants)…

Et il plantait des arbres à qui il donnait le nom de ses enfants, petits-enfants et ses amis, particulièrement dans son coin de paradis avec Claudette au lac des Six à Saint-Boniface.

Le sport faisait partie de sa vie.

Je me souviens de ces hivers où il a transformé le gazon de la cour arrière en patinoire en arrosant par 20 sous zéro.

Je me souviens de ces matchs des Royaux au stade De Lorimier, fier de sa ville qui avait accueilli Jackie Robinson.

De sa passion du hockey et des Canadiens, d’Elmer Lach, Maurice Richard et Jean Béliveau.

Je me souviens de ces soirées où nous étions tous les trois, lui Claude et moi sur les 2 sièges 3J18 et 19, moi assis sur ses genoux !

Et dans la même foulée, je me souviens de ces concerts de l’OSM en plein air au parc LaFontaine, puis à la Place des Arts, du Festival des arts de l’Expo 67, …et de son amitié pour Alain Lefèvre.

Et de ta passion de l’opéra…ton père était une basse…et tu connaissais, Jobin, Rouleau, Quilico et Jacques Beaudry.

Je me souviens aussi de ta passion du théâtre.

De ton amitié pour Gratien Gélinas que tu as aidé à la Comédie Canadienne.

Je me souviens de ce Bourgeois Gentilhomme avec Louis Seignier lorsque la Comédie Française venait à Montréal,

Et de Gérard Philippe dans Le Cid,

De ton grand ami Robert Manuel,

De l’émotion que tu as ressentie de le voir à Paris avec Jacques Brel dans l’Homme de la Mancha,

D’Andrée Lachapelle,,, et de ta favorite Sylvie Drapeau.

Et je me souviens aussi de ta passion pour la gravure, de ton ami Richard Lacroix que tu as admiré, soutenu, aidé,

De ce club des « Amis de la gravure » que tu as fondé pour soutenir tant d’artistes de chez nous,

Comment tu avais convaincu la Banque Provinciale de développer une collection, et par la suite l’Université de Montréal.

Je me souviens de ton énergie pour aider le Rideau Vert, Yvette Brind’Amour et Mercédes Palomino.

Je me souviens de ta passion pour le Festival des Films sur l’Art auquel tu as tant contribué.

Je me souviens de ton passage au conseil des Musées Nationaux du Canada, et puis de ton rôle comme chef de délégation dans une mission dans la Chine de Mao en 1975 où, contrairement aux directives de tes hôtes, tu quittais l’hôtel pour ton jogging quotidien dans les rues de Pékin accompagné par les applaudissements de la foule étonnée de te voir courir.

Je me souviens…de sa formidable mémoire où il pouvait nous citer encore tout récemment des poètes, des philosophes, chanter des airs d’opéra…et réciter les fables de LaFontaine.

Ces derniers jours, beaucoup d’entre vous nous ont dit : « Il a touché ma vie, m’a conseillé, m’a aidé… : il faisait partie de notre vie ».

Il aimait sa famille, ses femmes Madeleine et Claudette,

Celles qui se sont jointes à Claude et moi, Nathalie, Marie et Micheline,

Fier de ses fils Claude et Raymond,

Et passionné par ses petits-enfants Geneviève, Frédéric, Thomas, Marie-Hélène, Stéphanie, Anne et Catou.

Il a vu ses amis quitter les uns après les autres.

Papa, tu avais une foule d’admirateurs, d’amis…

Tu as touché des centaines, des milliers de personnes.

Tu t’intéressais à tout.

Tu as bâti le Québec moderne, sa grande université francophone, mais aussi ses théâtres, ses musées, ses orchestres, ses institutions.

Repose en paix.

Tu l‘as bien mérité.

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